Ce dont la société a besoin, c’est d’intelligence et d’humanité. Ce dont la société a besoin, c’est d’hommes honnêtes et non d’hommes habiles. Ce dont la société a besoin c’est de former des hommes à une éducation qui vise à l’épanouissement de l’individu et son intégration sociale. Ce dont la société a besoin, c’est d’un système dans lequel éduquer, c’est transmettre, non seulement des connaissances, mais aussi une culture et des valeurs. Ce dont la société a besoin, c’est d’insuffler aux individus la soif d’apprendre.
Mais apprendre ce n’est pas seulement acquérir des compétences. C’est accepter de modifier son point de vue, être critique par rapport à ce qui nous entoure et surtout vis-à-vis de nous-mêmes. Apprendre, c’est décider d’évoluer pour devenir meilleur sans avoir la prétention que l’on puisse un jour être parfait. Apprendre, c’est s’ouvrir non seulement à l’avis de l’autre, mais à l’autre en tant qu’autre.
C’est dans cette perspective que je défends l’idée d’une éducation résolument humaniste. Cela suppose des choix. Il faut reconnaître à cet égard que tout au long de son histoire, l’homme a souvent fait celui du pire. Aujourd’hui comme avant se reposent en fait les mêmes questions. Que cherche-t-on ? Que veut-on ? Volonté de gloire personnelle ou souci du bien commun ? Goût de l’argent et du pouvoir ou compassion ? Egoïsme ou solidarité ? Guerre ou paix ? Mépris ou amour ?
On peut rire de ces alternatives et les trouver triviales. Pourtant, un monde meilleur en dépend, bien davantage que d’un circuit de formule 1 ou que d’un nouveau modèle de téléphone portable. J’ignore si, comme l’ont dit certains, l’histoire s’accélère. En revanche nous voyons tous la rapidité avec laquelle notre environnement se dégrade.
Refuser cette évidence relèverait de la politique de l’autruche. Justifier celle-ci en tentant de faire croire que la technique suffira à réparer ce qu’elle a permis de détruire est une idiotie. Imaginer que les cours de la Bourse et les grandes théories économiques vont sauver des milliards d’êtres humains vivant dans le dénuement est une imposture. Laisser les intégrismes de tout poil justifier la souffrance au nom de sa rétribution dans l’au-delà est indigne. Il est aussi vain que prétentieux de croire ou laisser croire à un sauvetage providentiel de l’humanité. Le plus grand progrès que nous ayons à accomplir, c’est celui de l’humilité.
Humilité… ou, plus précisément, modestie.
Modestie devant l’opacité du monde qui reste grande, quoi qu’on en dise. Opacité devant les zones d’ombre de l’âme humaine, qui ne sont pas moindres. Car, en définitive, toute science est science de l’homme, puisque c’est de lui qu’elle procède et c’est sur lui que, tragiquement parfois, elle fait retour.
Un ingénieur peut bien vous dire cela…
Mais l’ingénieur qui a dit cela, en fait, ce n’est pas moi, croyez bien que je le regrette, Mesdames et Messieurs, c’est Willy Legros, ancien recteur de l’ULg lors de son discours de fin de mandat et que je ne fais que plagier ici. Mais plagier Willy Legros est un honneur que je revendique. Non pas que je mésestime le moins du monde son successeur Bernard Rentier. Que du contraire. J’espère même que le Directeur-Président qui me suivra aura l’occasion de le plagier, …sincèrement.
Entendons-nous bien ici à nouveau. Ce que je revendique, ce n’est bien entendu pas une soumission à l’ULg. C’est une identité de vue sur l’enseignement supérieur, ses missions et ses valeurs.
Oui, ses valeurs.
Il est temps que nous parlions des valeurs que nous défendons, que nous les affirmions sans avoir peur d’être ringards. Cela fait 20 ans que j’exerce une fonction dans cette institution et jamais encore je n’y ai entendu parler de valeurs, un peu comme si personne n’osait aborder le sujet.
Valeur démocratique d’abord. Celle-ci entraîne une culture de concertation que nous essayons de mettre en place. Car nous - je veux ici parler au nom de ce que les décrets appellent les autorités de la Haute Ecole – nous ne prenons de décision importante sans en parler, parfois maladroitement j’en conviens, parfois trop tôt aussi, au risque de faire naître des inquiétudes. Pourtant, cette concertation est enrichissante. Elle permet de nourrir un début de sentiment d’appartenance – et non de culture d’entreprise comme je l’ai parfois entendu - sans pour autant empêcher l’action. Car in fine, après avoir pris les avis des uns et des autres il faut bien se décider, même si, forcément, la décision prise ne sera pas du goût de tous.
Qui dit démocratie dit aussi liberté. Et la liberté non contraignante dont nous nous revendiquons, c’est malheureusement celle qui fait que nous sommes aussi peu nombreux ici. Alors que nous accueillons plus de 65 % des étudiants de l’enseignement supérieur en province de Luxembourg nous avons du mal à remplir le tiers des places disponibles dans cette enceinte. Dans d’autres réseaux d’enseignement, cet espace serait pratiquement totalement occupé. Il faut bien qu’il y ait des différences,… heureusement.
Voilà, c’était inévitable : coup sur coup je viens de prononcer deux gros mots, indigne dans la bouche d’un Directeur-Président qui se veut ouvert et consensuel : démocratie et réseau.
Oserai-je en plus vous parler de laïcité ? Il paraît en effet que cette valeur n’a plus cours dans l’enseignement supérieur. Je ne suis pas convaincu. Je doute même. Bref cette laïcité ouverte dont nous nous revendiquons tous puisque notre appartenance au réseau de la CF entraîne ipso facto notre adhésion personnelle à la charte de l’enseignement officiel que je vous engage à relire de temps à autre, nous l’appliquons au jour le jour dans nos enseignements. Si l’informatique répond comme d’habitude à mes souhaits, elle s’affiche pour le moment derrière moi.
Cela fait trois ans maintenant que nous avons signé un accord de collaboration avec l’ULg, l’académie Wallonie-Europe . Quelle autre entité d’ailleurs aurait-elle pu s’accorder sur les quelques valeurs essentielles que je viens d’énoncer de manière simplement exemplative et bien entendu non exhaustive. Cet accord a depuis fait école et donné naissance au pôle Louvain d’abord, au pôle Wallonie-Bruxelles ensuite. Mais être le premier ne suffit pas. Il faut aussi être le meilleur. Autant vous dire que nous avons encore du travail.
Ce travail nous est imposé en partie.
Je veux d’abord parler ici de l’aide à la réussite … comme si tous nos efforts n’étaient déjà pas orientés dans ce but : faciliter l’accès aux études et à l’obtention du diplôme avec des exigences pointues de qualité !
Un pour cent de notre allocation globale va nous être accordé dans ce but. Ce n’est bien entendu pas grand’ chose, mais cela vient en plus de ce que nous faisions déjà. C’est donc mieux. Ce n’est bien sûr pas assez, et ce ne le sera sans doute jamais. Arrêtons de nous plaindre pour examiner de manière critique – on ne se refait pas si facilement - les expériences que nous avons déjà tentées et que le récent décret sur la promotion de la réussite nous invite à reparcourir :
Les cours de vacances (aussi appelés cours de propédeutique).
Ils sont censés au départ permettre aux étudiants d’entrer en douceur dans l’enseignement supérieur et d’acquérir les réflexes de base utiles à sa survie dans la jungle des hautes écoles. A ceci près que les hautes écoles sont loin d’être des jungles (en moyenne un enseignant a en face de lui 15 étudiants, c’est-à-dire moins que dans l’enseignement fondamental …), que nos étudiants sont accompagnés (et même un peu trop d’après les conclusions de l’agence pour la qualité, ce qui nuirait à leur autonomie), que les sites qui les accueillent sont à taille humaine (de l’ordre d’une école secondaire) et que les nombreuses séances de travaux pratiques sont l’occasion d’échanges nombreux avec les enseignants.
Ils sont aussi censés remédier aux manques de compétences initiales nécessaires… Ne rêvons pas ! Si quinze jours suffisaient à mettre tous les étudiants à un niveau tel qu’ils puissent suivre sans problème les cours qui leur seront dispensés, cela signifierait soit que les enseignants du secondaire sont incompétents et cela devrait se savoir, soit que nous disposons de super pédagogues et cela se saurait déjà. Ou bien alors que la différence entre le meilleur étudiant de la meilleure école secondaire et le moins bon étudiant de la moins bonne école secondaire correspond à moins de 15 jours de travail. Dans ce cas, c’est PISA qui se trompe. Que l’on arrête donc de raconter des bobards et qu’on ose dire que ces cours servent en fait à discriminer encore davantage les étudiants ! Ils sont bien entendu suivis par ceux qui n’en ont pas besoin, les plus motivés, ceux qui en veulent, ceux aussi qui ont les moyens matériels de les suivre (et donc, qui ne doivent pas travailler pendant leurs vacances, ou qui peuvent se payer un mois de kot en plus). Et le fossé entre les étudiants de s’élargir plutôt que de se combler. D’autant que, par un effet d’entraînement, l’enseignant chargé de ces cours, qui a devant lui des étudiants motivés, a tendance à relever le niveau de son enseignement pour l’adapter à son public. Quel choc pour les autres le 15 septembre ! Cette mesure n’est donc pas une mesure sociale et est à proscrire. N’est-ce d’ailleurs pas au nom du même principe que l’on interdit les devoirs à la maison dans le fondamental ?
Les cours de remédiation.
Ces cours sont de deux types, suivant qu’ils sont laissés à la bonne volonté de l’étudiant ou qu’ils sont imposés par l’enseignant. Pour qu’ils soient utiles, à mon humble avis, ils devraient être interdits aux étudiants qui n’en ont pas besoin. Car une fois encore, on constate qu’ils sont suivis par les étudiants les plus motivés qui viennent y chercher un surplus de compétences. Et à nouveau le fossé de s’élargir ! Seuls les cours imposés peuvent donc être envisagés. Mais comment les imposer ? Certains essayent le contrat : l’étudiant signe un document dans lequel il s’engage à assister à ces cours lorsque l’enseignant détecte une faiblesse. Mais l’inscription en elle-même n’est-elle pas déjà un contrat dans lequel l’institution et l’étudiant s’engagent à mettre tout en œuvre pour sa réussite ? À moins que ce contrat soit devenu tellement anodin qu’il en ait perdu toute signification ? Rappeler à l’étudiant qu’il fait partie intégrante du processus d’apprentissage et qu’il en est même l’acteur principal est une bonne chose. Je ne suis pas certain que le stigmatiser en soit une.
L’entretien individuel.
Il s’agit de la démarche la plus productive : un entretien individuel avec une équipe spécialisée constituée d’un psychologue, d’un enseignant et du directeur de la catégorie. Cette équipe doit pouvoir cibler les lacunes de l’étudiant et être capable de lui conseiller la meilleure démarche à adopter. Considérons qu’une Haute Ecole de moyenne importance accueille 1000 nouveaux étudiants chaque année, que la moitié présente des problèmes (taux de réussite de l’ordre de 43 %) soit 550 élèves et qu’un entretien devrait comporter au moins 4 séances d’une demi-heure chacune, 1100 heures seront nécessaires pour auditer tous les étudiants en difficulté. Sachant qu’il faut du temps avant de repérer ces étudiants, qu’il ne faut pas compter sur les périodes d’examens ni sur les périodes des vacances, une petite vingtaine de semaines sont disponibles, 55 heures seront nécessaires chaque semaine rien que pour cette mesure ! Elle ne peut donc être envisagée que pour certains cas particuliers.
Le tutorat.
Partant du principe qu’un étudiant est plus à l’aise face à un autre étudiant que face à un enseignant, il est tentant de se dire qu’en faisant suivre un étudiant en difficulté par un étudiant d’une année supérieure, qui a déjà montré ses capacités à réussir, on pourrait ainsi l’aider. La difficulté dans ce cas est de trouver des volontaires suffisamment motivés que pour dégager du temps pour s’occuper d’autrui de manière bénévole. C’est à mon avis là que le bât blesse. Car déjà en proposant un salaire minimum on a beaucoup de mal à en trouver, si en plus cela doit se faire de manière bénévole ! Il paraît que rêver est un signe de bonne santé psychique. Mais il doit quand même y avoir une limite à ne pas dépasser. Quoi qu'il en soit, à supposer donc que l’on trouve des volontaires, de nombreux témoignages – comme par exemple celui du scientifique Hubert Reeves dans son dernier ouvrage « Je n’aurai pas le temps » - montrent que les étudiants les plus à l’aise, donc ceux qui auraient le temps de s’engager dans cette démarche, ont développé des raccourcis mentaux qu’ils n’arrivent pas à expliquer. Autrement dit, ce sont les moins bons pédagogues.
L’organisation de cours en petits groupes.
On se base ici sur l’assertion généralement admise que les cours en petits groupes favorisent la réussite scolaire. Je ne discuterai pas des performances obtenues dans l’enseignement fondamental ou secondaire, mais uniquement du supérieur – quoique je ne peux m’empêcher de me souvenir que, il y a longtemps bien entendu, lorsque je fréquentais l’école primaire nous étions plus de 35 élèves en classe. Je ne connais aucune étude de grande ampleur sur le sujet et je ne me réfère donc qu’aux résultats obtenus dans notre propre HE : ils contredisent complètement cette hypothèse ! Par ailleurs, les résultats obtenus dans les universités – où les auditoires de plus de 500 élèves ne sont pas rares - sont de même nature que dans les Hautes Ecoles. Même si on peut se dire que le public n’est pas le même, quoi que …, même si on peut croire que l’environnement est différent, quoi que …, le constat est là et il faut oser le dire, ou alors que l’on réalise des études sur le sujet.
Alors quoi, n’y a-t-il qu’un constat d’échec à dresser et puis baisser les bras ? Non bien sûr. Mais faut-il dépenser autant de moyens humains, donc d’argent, dans des mesures dont on sait déjà qu’elles ne porteront que peu de fruits ? N’est-ce pas plutôt dans les valeurs de base que sont le travail, le goût de l’effort et la motivation qu’il faut investir ? Ne faudrait-il pas commencer par réinvestir au départ, dans le choix des jeunes, c’est-à-dire dans les structures chargées de l’orientation scolaire, les CPMS ? Ce sera, je pense, la première tâche de la commission que nous allons mettre en place.
Il est clair que les résultats de cette commission vous seront communiqués en temps réel.
D’autres travaux sont en cours bien sûr. Ce ne sont pas les projets qui manquent. C’est épuisant parfois, motivant toujours.
La valorisation des acquis et de l’expérience par exemple. Vaste chantier qui va entre autres, nous conduire à reformuler nos programmes en termes de compétences. En collaboration avec l’enseignement de promotion sociale, notre catégorie technique a déjà commencé à défricher ce vaste champ d’expertises dans le domaine du froid industriel. Nous devrons tous y travailler. C’est une des raisons qui nous a conduits à déposer un projet européen en la matière. Nous en serons les fers de lance pour l’ensemble de l’enseignement supérieur en communauté française.
Je n’ai encore parlé que de pédagogie, autre gros mot récurrent. Je sais que nombre d’entre vous attendent que je vous parle de stratégie, donc d’avenir de l’institution.
Nous avons beaucoup discuté de rapprochement avec la HE Charlemagne. Le recteur de l’ULg l’a même mentionné dans son discours de rentrée. Un journal local titrait même ce jour que la ministre Simonet était prête à apporter aux décrets les changements nécessaires. Si c’est dans le journal …
Oui donc, notre épure est tracée. Elle sera soumise à concertation auprès des instances représentatives dès la fin de ce mois. Après ces concertations nécessaires (et utiles) nous viendrons sur chaque site répondre aux questions que vous vous posez. Si vous avez déjà des commentaires ou même simplement des inquiétudes à rencontrer, n’oubliez pas le canal internet. Je réponds toujours aux questions.
Terminer sans parler chiffres de rentrées me vaudrait le courroux de tous, de la presse surtout. Ils sont déjà fâchés avec une partie de l’enseignement supérieur, je ne voudrais pas qu’ils soient fâchés avec tout le monde. Mais je serai prudent.
Si à date identique nous constatons en effet une progression globale de l’ordre de 140 étudiants, essentiellement dans la catégorie technique grâce à l’effet nouveauté de la section construction et de l’apparition de la deuxième année de maîtrise en ing. conjuguée à une augmentation de population en instituteurs primaires et préscolaires, nous n’avons pas encore pu déterminer s’il s’agit d’un effet « inscriptions précoces ». Au pire donc, si nous n’enregistrons plus d’inscriptions, nos chiffres seront sensiblement identiques à ceux de l’an passé. Dans le détail bien sûr, nous notons une diminution sensible des effectifs dans les sections éducateurs et logopèdes, suite au décret NR. Dans ces sections, contrairement à la kiné où la diminution d’étudiants français a partiellement été compensée par l’arrivée d’étudiants belges, il semble que nous arrivions au plancher prévu il y a trois ans suite aux projections de l’époque. Globalement, nous pouvons donc dire que la population scolaire se stabilise aux alentours de 2100 à 2200 étudiants. Je ne vous ferai pas l’injure de vous réexpliquer une fois encore le principe des vases communicants. L’enveloppe étant en légère augmentation, il faut que le nombre total d’étudiants en CfB reste stable pour que nos moyens ne s’érodent pas. Scoop et en même temps bonne nouvelle : le nombre d’étudiants commence enfin à décroître. Il suffira donc de stabiliser notre population scolaire pour augmenter nos ressources.
Adapter nos ressources à nos besoins, c’est l’équation continuelle à laquelle nos ingénieurs sont maintenant soumis. Un des moyens d’y arriver est la diminution de notre consommation de combustible pour un confort équivalent. C’est le challenge auquel notre conférencier a commencé à s’attaquer. Il va vous livrer ici ses premiers enseignements. Mais avant de lui céder la parole, je crois que le Président du Conseil des Etudiants a quelques mots à vous dire.